La chef de choeur

Emmanuelle

« Vous autres spectateurs voyez s’agiter de dos une silhouette avec une belle énergie et lorsqu’elle se retourne, son sourire illumine l’estrade. Nous autres choristes, avons droit à une palette beaucoup plus étendue de la gestuelle d’Emmanuelle. Un talent de mime que ne renierait pas de Funes (dont elle se prévaut quelquefois) mais ce spectacle là est réservé aux répétitions. Non, en concert tout ce « langage » est beaucoup plus discret mais tout aussi parlant. Ne comptez pas sur moi pour dévoiler ces petits secrets d’estrade, c’est le privilège du choriste. »

Interview 

Quels sont pour toi les avantages et inconvénients d’animer une chorale d’amateurs ?

Où commence l’amateurisme ? On est toujours l’amateur de quelqu’un. Pour moi ce qui est important, c’est d’être guidé par la recherche d’une meilleure qualité, d’un certain « professionnalisme ». Je pense qu’il est essentiel d’être animé par la recherche de la beauté… C’est l’éternelle quête, comme le chante Brel. J’ai certes une compétence musicale mais je ne me sens pas au-dessus de la mêlée. Autour de moi il y a des gens qui ont envie de chanter en groupe et mon plaisir, c’est de mettre tout en place pour que ces voix s’expriment ensemble et se fondent. J’aime comparer la chorale à une recette de cuisine dont l’art consiste à prendre des ingrédients différents, les mélanger et en faire un bon plat que l’on offre à ses invités. J’adore ça! Faire le meilleur avec les ingrédients dont on dispose. Mais il s’agit aussi d’être conscient de ce que l’on peut faire. Les choristes me font confiance, à moi de mesurer jusqu’où on peut aller. Laissons sa place à chacun.

Qu’attends-tu de tes choristes ?

J’en attends un investissement personnel. Ce qui me passionne c’est que chacun ait l’envie de donner le meilleur de lui-même, de construire quelque chose ensemble. Je crois profondément que la petite contribution de l’un ajoutée à celle de l’autre peut faire naître de grandes choses. Dans la vie on est tout seul mais ensemble on peut faire beaucoup. Il y a peut-être un peu de mon vécu dans ces considérations avec, au fond de moi, un optimisme bien ancré. Etre consciente que la vie a ses difficultés, mais ne pas oublier de regarder vers l’avant les belles petites choses de tous les jours. Et la musique ou l’art en général, permettent à ces choses personnelles de s’ exprimer. Ces « petits riens » vécus avec la chorale font partie de ces beaux moments de vie. Bien sûr, comme tout chef de chœur, on aimerait avoir des choristes avec une belle voix, agréable, juste. Mais ce n’est pas le principal, j’attends que chacun mette de la vie dans sa voix, chacun en s’appliquant, en s’intéressant. Pas des « consommateurs » mais des « participants ». Je ne veux pas d’un choriste qui vient uniquement pour passer du bon temps même si c’est important, je veux qu’il vienne avec l’intention d’offrir quelque chose aux autres, au public, tout en pensant groupe. Une chorale ce n’est pas 80 solistes.

Que lis-tu dans leurs yeux les soirs de concert quand la musique commence ?

Les 60 paires d’yeux en face de moi ne transmettent pas la même chose. Certains sont pétillants, brillants ; ceux-là ont envie de plaire. D’autres sont concentrés, plus figés, plus tendus. L’interrogation, l’attente dans les yeux des nouveaux, qui se demandent à ce moment ce qu’ils font là. Ceux-là comptent beaucoup sur moi.

Tout dépend aussi de l’enjeu. Par exemple à Stanford, je sentais que mes choristes avaient l’impression d’être dans la fosse aux lions : il y avait ceux qui avaient envie d’en découdre, ceux qui appréhendaient ou qui s’interrogeaient. J’ai alors senti au fond de moi qu’il fallait y croire pour eux, leur donner confiance, l’envie de se surpasser. Sans prétention, voilà où est mon plaisir de chef : avoir un attelage de 60 chevaux fougueux qu’il faut maîtriser, guider, conduire pour l’amener où vous voulez.

Il y a beaucoup d’hommes dans la chorale ; qu’apportent-ils au groupe ? La richesse dans l’harmonie et la couleur, l’équilibre entre les voix.

Le pupitre de basses est la fondation du groupe. Si je suis quelquefois dure avec ce pupitre c’est parce qu’il est essentiel, il doit être très juste. Les hommes nous amènent aussi une bonne ambiance. Je n’aimerais pas diriger une chorale composée uniquement de femmes ou d’hommes. Cette mixité permet une plus grande variété de répertoire. Elle permet aussi de faire des chants d’hommes ou de femmes.

Qu’est-ce qui fait avancer une chorale ? Le plaisir La confrontation au public Les échanges positifs (découvertes de façons de chanter, de directions, d’univers différents) Les projets Les désirs des choristes Les challenges

Tu as aussi dirigé une chorale d’enfants, peux-tu nous en dire quelques mots ?

J’ai dirigé la chorale la Cigale en faisant chanter des enfants de 5 à 15 ans. J’aimais beaucoup leur regard sur la vie, leur façon de chanter avec tout leur corps. Il y a en eux une harmonie entre le corps et la voix qui se perd en devenant adulte. C’est tout leur être qui chante. Je les faisais répéter 1 fois par semaine pour donner 2 concerts par an. L’un plus statique, plus « chanté » et un autre basé davantage sur le spectacle et le théâtre. C’est ce que j’aimerais faire, combiner la maitrise vocale des adultes et la spontanéité des enfants !

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